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Des escargots pour mesurer la pollution à Besançon

29/10/2018

« Ils sont une cinquantaine d'escargots et s'apprêtent à passer un mois dans trois cylindres d'acier de 25 centimètres de haut et de diamètre, recouverts d'une grille, et posés à même le sol d'une prairie.


Elevés derrière les imposantes portes jaunes du laboratoire CNRS Chrono-Environnement de l'Université de Besançon, les gastéropodes iront, une fois déployés sur le terrain, se nourrir du sol et des plantes, respirer l'air ambiant et permettre ainsi aux chercheurs d'analyser la contamination des sites par divers polluants.


L'expérience conduite par le laboratoire doit permettre, à terme, de mettre au point une norme internationale pour évaluer la pollution de l'environnement et la qualité des sols à l'aide d'escargots.


"Il existe déjà une norme ISO (International Organization for Standardization, NDLR), sur l'inhibition de la croissance des escargots en laboratoire. Là, on voudrait faire un mode d'emploi de la méthode d'évaluation des risques environnementaux in situ pour qu'elle soit reproductible partout", explique Frédéric Gimbert, enseignant-chercheur en écotoxicologie à l'Université de Besançon.


Les recherches sur l'alimentation et la croissance des gastéropodes, initiées au début des années 90 à Besançon par la pionnière de ces travaux Annette de Vaufleury, se sont élargies depuis à l'écologie.


"L'escargot est un modèle particulièrement intéressant pour évaluer la qualité de l'environnement", assure Frédéric Gimbert.

Il évolue à l'interface entre sol, plantes et atmosphère. Mais l'élevage du Cantareus aspersus -le petits-gris- présente aussi l'avantage de la simplicité, à tous les stades de son développement.


"Nous pouvons faire de l'embryotoxicité sur les oeufs, savoir si la pollution joue sur leur développement, s'il y a une perturbation du développement des juvéniles, une inhibition de la reproduction des adultes", explique le chercheur.


C'est aussi l'intérêt des escargots : ils accumulent les polluants dans leurs corps. "Une analyse chimique des sols dira s'il y a du mercure, du plomb, du manganèse, etc. Mais un faible niveau de contamination chimique n'est pas forcément représentatif d'un faible risque environnemental", précise le chercheur.

 

- Glyphosate -

 

Parfois, les expériences réservent quelques surprises. "Les escargots mis en cage dans une forêt des Vosges sur des sites miniers du Moyen-Age présentaient de grandes quantités de plomb, d'argent, d'arsenic... Beaucoup plus importantes que sur les sites industriels récents de Metaleurope, dans le Nord-Pas-de-Calais".


Après quatre semaines à crapahuter sur le terrain, les escargots sont disséqués et leurs organes (glandes digestives, reins...) analysés pour définir des indices de risque toxicologique.


"Sur une friche industrielle, si le sol est contaminé, c'est 1.000 euros la tonne pour déblayer. Ça peut valoir le coût de vérifier si le risque environnemental est important pour une gestion raisonnée des sites et sols pollués", fait valoir Frédéric Gimbert.


Les analyses peuvent également porter sur les hydrocarbures, les pesticides comme le glyphosate et même les radioéléments. De nombreux sites ont ainsi déjà fait l'objet d'études à l'aide d'escargots, notamment à l'initiative de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe).


La méthode scientifique se veut accessible dès à présent aux acteurs du diagnostic et de la gestion des sites pollués. "Vous héritez d'un terrain avec une ancienne station-service et avant d'en faire autre chose, vous devez connaître les risques environnementaux ? Les escargots sont une solution", avance le chercheur.


L'équipe de Chrono-Environnement a ainsi été appelée par une collectivité de la région de Nantes pour analyser une friche industrielle destinée à être transformée en jardins ouvriers.


Mais avant de généraliser ces tests, les chercheurs de Besançon doivent encore éprouver le dispositif dans un essai dit circulaire : "Il s'agit de trouver des sites dans différents pays et plusieurs équipes internationales qui viendraient faire les expérimentations avec le même matériel, la même méthodologie. Si les résultats sont identiques quelle que soit la personne qui manipule, c'est normalisable".


Même s'il est optimiste, Frédéric Gimbert ne se fait cependant guère d'illusions : "ça ne se fera pas avant quelques années".»

 

Source : AFP

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